Grandes figures de l’ordre

Hugues de Payns

Issu d’une famille proche de l’ordre cistercien, Hugues de Payns surveille, du haut de son château, les boucles de la Seine, en aval de Troyes, pour son seigneur le comte Hugues de Champagne.

En 1113, Hugues de Payns quitte femme, enfants et seigneurie. Engagé aux côtés du comte Hugues 1er  de Champagne, il part pour l’Orient, défendre la Jérusalem chrétienne.

Établi durant quelques années en Terre sainte, Hugues de Payns met son épée au service des chanoines du Saint-Sépulcre – gardiens du tombeau du Christ –. Choisi comme maître par ses compagnons, il forme alors une compagnie de chevaliers afin de protéger les pèlerins qui se rendent à Jérusalem.

Baudouin II, roi de Jérusalem, autorise Hugues de Payns et son compagnon d’armes, Godefroy de Saint-Omer, à installer leur quartier général sur le site de l’ancien Temple de Salomon. D’où, le nom de chevaliers du Temple ou Templiers, pour cet ordre fondé vers 1118-1120.

De retour en Occident, Hugues de Payns entreprend une longue chevauchée sur les routes de France, d’Angleterre et d’Écosse afin de faire connaître l’Ordre, de recruter de nouveaux membres et d’acquérir des terres pour les premières commanderies. Il met ainsi en place, jusqu’en Écosse, des commanderies chargées de produire les biens et les richesses nécessaires à l’entretien des troupes templières en Orient.

C’est à sa demande que le pape Honorius II organise un concile à Troyes, en  1129,  afin  d’établir  une  règle  pour  l’ordre  du Temple.  Grande  figure théologique de son temps, le cistercien Bernard de Clairvaux joue un rôle prépondérant à cette occasion. Sous son influence, la Règle impose une discipline très stricte aux moines-soldats. Vêtus d’un manteau blanc à croix rouge cousue sur l’épaule, les chevaliers du Temple adoptent des principes de vie monastique, ayant fait vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

En 1130, Hugues de Payns regagne la Terre sainte où il meurt six ans plus tard

Bernard de Clairvaux

Quelques mois avant le concile de Troyes, Bernard rédige, à la demande d’Hugues de Payns, un traité qui cautionne le rapprochement entre vie monastique et activité militaire. Le De laude novae militiae, ou Éloge de la nouvelle chevalerie, oppose le mode de vie spirituel des Templiers à celui des chevaliers profanes, très attachés à leur parure.

Pour Bernard, la guerre d’Orient est sainte parce qu’elle n’est pas agressive, mais destinée à défendre le tombeau du Christ et la terre où il a vécu. Bernard de Clairvaux écrit ainsi :
« Le chevalier du Christ donne la mort en pleine sécurité et la reçoit dans une sécurité plus grande encore. Ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée ; il est le ministre de Dieu, et il l’a reçue pour exécuter ses vengeances, en punissant ceux qui font de mauvaises actions et en récompensant ceux qui en font de bonnes. Lors donc qu’il tue un malfaiteur, il n’est point homicide mais malicide. »

Après l’échec de la seconde croisade, qu’il prêche à Vézelay en 1147, Bernard de Clairvaux s’interroge : « Nous connaissons toutes ces choses. Croyons-nous pour cela les avoir pénétrées ? ».

Né en Bourgogne, Bernard entre à l’abbaye de Cîteaux en 1113.

Il a environ 25 ans lorsqu’il fonde, deux ans plus tard, l’abbaye de Clairvaux, à l’est de Troyes, près de Bar-sur-Aube.

Personnalité importante et écoutée, Bernard intervient dans les affaires publiques pour défendre les droits de l’Église, et conseille princes et papes.

Fille méritante de Cîteaux, l’abbaye de Clairvaux essaime elle-même dans tout l’Occident. À la mort de Bernard en 1153, elle est la mère de plus de 169 abbayes.

Comtes De Champagne

Hugues Ier de Champagne. Après avoir participé à deux expéditions en Orient (1104 et 1113), Hugues abdique pour s’engager, en 1125, dans l’ordre du Temple. Il meurt dans l’anonymat à Jérusalem.
Henri Ier le Libéral. Il se rend deux fois en Orient : avant son avènement, pour la deuxième croisade (1147-1149) prêchée à Vézelay par Bernard de Clairvaux, puis en 1179-1181.
Henri II. Le comte de Champagne, devenu roi de Jérusalem en 1192, participe à la troisième croisade. Au début du XIIIe siècle, un autre Champenois, Jean, comte de Brienne, lui succède sur le trône, avant de devenir empereur de Constantinople.
Thibaud III. À l’initiative de la quatrième croisade, dans laquelle s’engagent de nombreux Champenois : le maréchal Geoffroy de Villehardouin, célèbre chroniqueur des événements, l’évêque de Troyes Garnier de Traînel, et de très nombreux lignages champenois (Joinville, Brienne, Chappes, Dampierre, Arzillières, Vignory, etc.).
Thibaud IV le Chansonnier. Devenu roi de Navarre, il prend la tête de la croisade des barons (1239). S’il n’accompagne pas Louis IX lors de la septième croisade, il confie à son sénéchal, Jean de Joinville, le soin de diriger le contingent champenois. Incapables de reconquérir Jérusalem et peu enclins au dialogue avec les poulains – ces Francs nés en Orient –, les croisés sont victimes de leurs divisions et de leurs choix stratégiques.
Thibaud V. Il participe à la huitième et dernière croisade (1270). Comme son beau-père, le roi de France, il trouve la mort à Tunis